L’art numérique, c’est ce qu’il reste quand on a coupé le courant.
Maurice Benayoun
« L’art, la littérature et les sciences humaines peuvent sembler superflus, sans prise sur les défis urgent de notre époque. Mais les activités artistiques et interprétatives sont des zones privilégiées pour penser et pratiquer des formes d’attention émancipatrices et authentiquement humaines. » Ces quelques lignes issues du livre Attensité ! Manifeste du mouvement de libération de l’attention du collectif The Friends of attention (La Découverte, 2026), invitent à s’activer, à réagir à notre déficit d’attention-d’attensité-d’intensité au monde. Ces recommandations font écho à la résonance du philosophe Hartmut Rosa. Dans l’accélération que nous vivons, le moment semble venu de poursuivre une tentative de réfléchir à notre quasi-incapacité à rester concentré·es ; de reprendre prise face au médium du numérique et ses déclinaisons – dont l’IA – qui entravent la démarche réflexive et la construction d’une pensée complexe. Le Lieu multiple se veut ouvreuses et ouvreurs d’espaces d’attensité par l’accompagnement en résidences, en diffusions et médiations d’interactions arts-sciences-sociétés. Au travers des projets arts-sciences, des créations sonores et numériques, des croisements avec le milieu du médico-social : le temps long, les façons de faire, avec qui, avec quoi, par quels moyens, nous semble essentiel pour maintenir des espaces de liberté culturelle.
Élaborons le retour au doute, au pas de côté, aux croisements d’univers, aux liens qui se créent entre structures partenaires, artistes, scientifiques et publics.
Ce semestre sera celui de la rencontre, des formes, des interrogations quant à notre place en tant qu’humain·es dans la nature, dans le cosmos et l’univers. Le pas de côté pour modifier notre échelle, notre point de vue et relier nos câbles ! Face aux éléments, avec Circo Aereo, l’illusion comme déplacement des regards ; embarcation pour l’Arctique avec la compagnie Rêvolante ; direction l’an 3000 avec l’association OMG ; et plongeon dans les grottes préhistoriques jusqu’à Vénus, refaire les gestes avec Lily Hibberd ; puis partir en réalités désirées avec Émilie Franco…
Notre rapport au numérique n’est pas en reste, il est manufacturé avec Diane Cescutti et l’approche textile ; décroissant avec le low-tech ; détourné avec les smart.phonics et les domophones ; mis en scène entre Turing et Marivaux avec Les Jeux de l’amour et de l’énigme.
Le droit à la paresse est revendiqué dans le cadre des siestes sonores où le temps est suspendu dans l’agitation pour privilégier une écoute collective, une écologie sonore : une manière de panser nos maux et de fabriquer du commun.
